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22 juillet - Sainte Marie-Madeleine

MARIE MADELEINE dans les textes de MARIE DE LA TRINITE, O. P.

Marie de la Trinité, dans les textes rassemblés ci-dessous (écrits entre 1941-1945), évoque Marie Madeleine comme celle que le Père a réservée pour une vocation qui ne regarde que Lui : la “vocation au Père”. Elle souligne aussi son ministère d’“Apôtre des Apôtres” et, convoquant d’autres grandes figures féminines de la bible, elle relève la grande dignité et le rôle particulier de la femme dans l’économie du salut.

Marie Madeleine est particulièrement honorée dans l’Ordre des Frères Prêcheurs comme “Apôtre des Apôtres”, à cause de la parole du Christ ressuscité : « Va dire à mes frères… » (Jn 20, 17)

Lacordaire, rénovateur de l’Ordre en France, lui dédia, en 1859, un petit livre “romantique” : « Marie Madeleine est une simple femme sans autre histoire que son péché… Elle ne parle qu’une fois dans l’Évangile, au tombeau de son maître, et sa parole est sans éclat. Mais d’abord c’est une femme, c’est-à-dire l’être en qui la souillure est le plus irrémédiable, et cette différence entre le nouveau et l’ancien Testament est à elle seule un progrès sublime dans la miséricorde. » (H.D. LACORDAIRE, Sainte Marie Madeleine, Éd. de l’Ouvert, 1984, p. 111). La miséricorde éclate dans le nouveau Testament par le fait que le péché pardonné est celui d’une femme, alors que dans l’ancien, le pardon allait à David déshonoré par son crime, souligne le père Lacordaire. Marie de la Trinité remarque que saint Pierre, par son reniement, fut lui aussi un grand pécheur avant de devenir chef de l’Église.

D’autres dominicains ont été inspirés par cette figure à la fois évangélique et légendaire. Citons le fr. Philippe ANDRE-VINCENT, auteur d’un “Marie Madeleine et la Sainte-Baume.” (Téqui, 1950) : « Marie Madeleine pécheresse et contemplative… Il est beau que cette même femme, qui fut la proie de sept démons, soit aussi celle qui annonce le triomphe du Christ sur Satan. L’Apôtre des Apôtres nous enseigne à “monter au Père” à travers nos péchés, ou plutôt malgré eux, à travers l’immense amour qui les pardonne. » (p. 81)

Un autre dominicain, Louis-Albert Lassus, en prière à la Sainte-Baume, s’adresse à Marie Madeleine : « … Il vous fallait donc être exposée à la vue de tous, séparée de tous et unie à tous, comme l’hostie dans l’ostensoir… Votre ministère, jusqu’à la fin de notre difficile histoire : nous dire que la nuit est vaincue et que triomphe la vie. » (T. BERNARD, O. P., J.-L. VESCO, O. P., Marie de Magdala, évangiles et traditions, Éd. Saint Paul, 1982, p. 61-62)

Il faut aussi citer “Élévation sur sainte Madeleine” de Bérulle, si accordé aux préoccupations de Marie de la Trinité : « Aux pieds de Jésus glorifié, vous commencez à entrer en l’école de l’amour séparant, comme aux pieds de Jésus humilié, vous êtes entrée en l’école de l’amour unissant. » (Éd. du Cerf, 1987, p. 94)

CARNETS DE MARIE DE LA TRINITE

Pendant l’adoration, j’ai pensé aux paroles de Notre Seigneur à Marie Madeleine : “Va vers mes frères et dis-leur : je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu.” Jn 20,17. Elle est simplement allée leur dire, et puis c’est tout ; après cela, sa vie a été toute cachée et silencieuse, mais combien active par la prière !
Aux apôtres, Notre Seigneur dit : “Allez, vous aussi, à ma vigne.” Mt 20,4.7, et “Voici que je vous envoie.” Mt 10,16.
A d’autres Il peut bien dire : “Je vais vers le Père… Je monte vers le Père.” ne l’a-t-il pas dit pour qu’on l’y suive, bien qu’en demeurant encore dans la condition terrestre ? (Carnets, I. Les grandes grâces (11 août 1929-2 février 1942), Cerf, 2008, p.208)

La mission extérieure du Verbe Incarné a d’abord été d’être charpentier, dans la vie cachée. Puis, dans la vie publique, de prêcher, guérir, consoler, en parcourant toute la Palestine – de passer partout “en faisant le bien” Ac 10, 38, de former les apôtres, et de fonder l’Église : mission extérieure qui s’exerçait sur un autre plan que son sacerdoce intérieur, lequel était infiniment plus précieux au Père, et profitable à notre salut, que toute action extérieure, action qui ne devait ni entraver l’exercice de ce sacerdoce intérieur, ni l’y soustraire, ni l’en abstraire d’aucune façon.
Mais il peut bien plaire au Père, selon les desseins de sa toute libre Sagesse, de réserver les âmes qu’Il veut pour l’exercice exclusif de ce sacerdoce intérieur, usant d’elles comme Marie Madeleine du parfum – et donnant, par là même, un exemple que cette vocation est suffisante, par elle-même, pour sa gloire et le salut des âmes – cette vocation étant plus excellente et plus efficace que tout autre, étant même l’excellence et l’efficacité de toutes les autres qui, sans le sacerdoce, ne sont rien.
Cette grâce de relation filiale au Père, expérimentale, a pour effet un abandon total, inconditionné, et amoureux, à la volonté du Père quels que soient les exigences ou les imprévus découlant de cette volonté. (Inédit, carnet 8, p. 697/408)

Le mystère de la Filiation est réservé aux âmes pures ou purifiées :
celles qui sont pures, à cause de leur affinité au Verbe, splendeur de la gloire du Père, car la splendeur de nature de l’âme, c’est la pureté ;
celles qui sont purifiées, à cause de la miséricorde du Père.
C’est pourquoi le Verbe s’est incarné dans le sein de la Bienheureuse Vierge Marie – et Il a choisi Marie Madeleine pour lui révéler sa montée au Père : et c’est là sans doute l’origine de sa vocation de silence et de solitude. (Inédit, carnet 13, p. 1116-1117/659)

Vu qu’en vertu de l’Incarnation Rédemptrice et Divinisante, l’union au Père peut être directe, les paroles de Notre Seigneur à Marie Madeleine l’attestent : “Je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu.” Jn 20,17 – paroles qui sont précédées de : “Va vers mes frères et dis-leur…”
En effet, une fois re-nés = nés spirituellement, comme Notre Seigneur l’explique à Nicodème, nous nous trouvons comme au-dedans de la Déité, au centre de la Trinité…
Le Royaume est pour le Père, et non l’inverse – c’est pourquoi Notre Seigneur parle-là du Père selon sa Déité, plus que selon sa Paternité, pour mieux faire ressortir qu’Il est cause finale – car, jusque là, les dons mentionnés [le sacerdoce et la filiation] ont pour but de soulever la nature humaine jusqu’au Père, qui en est le terme ultime. (Inédit, carnet 14, p. 1153/683)

Marie Madeleine était bien sincère dans son détachement de toutes les choses de la terre, et son avidité du Père. Elle qui comprit, en écoutant le Verbe Incarné que “Qui m’a vu a vu le Père.” Jn 14, 9 – puisque, après la Résurrection, elle se contenta de la nudité d’une grotte, de sa solitude, et de son silence. (Inédit, carnet 15, p. 1348/812)

Saint Joseph comprit que le Père attendait de lui autre chose que de procurer au Verbe Incarné une vie aisée, dans l’abondance matérielle : témoin Bethléem – puis sa pauvreté et obscurité de charpentier. Il avait mieux à faire, et à se réserver pour l’adoration du Père. Il est bien évident qu’il précéda et surpassa Marie Madeleine. (Inédit, carnet 15, p. 1350/813)

C’est comme si la vocation de Marie Madeleine était au Verbe, et celle de Saint Joseph au Père. Celle de Marie Madeleine au Verbe Incarné, en raison des mystères de salut et de bénédiction – celle de Saint Joseph au Père éternel, et incréé, et immobile. Marie Madeleine, c’est une âme purifiée – Saint Joseph, c’est une âme pure, grâce à quoi il a comme un accès direct, personnel aux mystères de Déité – car, s’il y eut la faute originelle, il n’y eut jamais de sa part de faute personnelle, mais au contraire la plus parfaite fidélité personnelle.
S’il y eut choix de part, pour Marie Madeleine – également pour Saint Joseph, choix, au-dessous des desseins antérieurs du Père, en prolongement de ceux-ci, dans son indépendance – en nous, dans notre liberté. “Marie a choisi la meilleure part.” ; “s’étant assise aux pieds du Seigneur, elle écoutait sa parole.” Lc 10, 42.39 – Pour Saint Joseph : “Je me dois aux affaires de mon Père.” Lc 2, 49. (Inédit, carnet 22, p. 2045/1206)

La Bienheureuse Vierge Marie fut sanctifiée en vue de l’Incarnation – et Marie Madeleine fut sanctifiée en vertu de la Rédemption. Elle nous est donnée en signe de l’efficacité du Précieux Sang – comme la Bienheureuse Vierge Marie, en signe de la pureté et perfection de l’hostie. (Inédit, carnet 25, p. 2284/1358)

“Ne me touche pas.” Jn 20, 17 – ne t’arrête pas aux mystères d’Incarnation Rédemptrice : ils sont clos. Ils ne sont pas fin, mais moyen : l’unique nécessaire, c’est l’union au Père à laquelle on n’accède, il est vrai, que par eux – et dont on n’est rendu digne et capable que par les dons : car il faut un caractère dans la substance et dans la personne pour cette union à cause de la différence de nature, d’une part – et de la transcendante majesté et Sainteté du Père, d’autre part.
Marie Madeleine reçut l’intelligence de ce que signifiaient ces paroles et celles qui suivirent : “Je monte vers mon Père et votre Père – vers mon Dieu et votre Dieu.” Jn 20,17 – en même temps que la vocation lui en fut donnée. Elle porta donc rapidement le message, puis s’enfonça dans le mystère : “car sa vie est une vie pour Dieu.” Rm 6, 10.
L’œuvre du Verbe Incarné accomplie, il reste que se réalise celle du Père, à laquelle la première est ordonnée – c’est ce que signifient négativement : “Ne me touche pas.” ; et positivement : “Je monte.”
Marie Madeleine crut si vite et si totalement qu’elle reçut aussitôt la grâce de l’Ascension – celle de la Résurrection ayant produit d’un coup en elle tout son effet, grâce à son ouverture et à l’intensité de son adhésion. Aussi devait-elle, pour ce mystère de l’Ascension qui est relié à l’attraction du Père en Lui-même, directement, sans plus de moyens ni de détours, ni de figures, ni d’attente, dépasser la Très Sainte Humanité.
Les apôtres, au contraire, lents à croire, avaient besoin du témoignage des sens, et de ré-identifier, dans leurs esprits, l’Humanité Ressuscitée à l’Humanité Crucifiée – aussi restèrent-ils bien en deçà de Marie Madeleine – et ce ne fut que progressivement qu’ils donnèrent leur adhésion au mystère – progressivement aussi, par suite, qu’ils en reçurent en eux-mêmes les effets.
C’est pourquoi, à Marie Madeleine, le Seigneur Jésus dit : “Ne me touche pas.” Jn 20, 17, parce qu’elle peut l’entendre – tandis qu’aux disciples, Il dit : “Touchez-moi” Lc 24, 39. (Inédit, carnet 27, p. 2475-2476/1470)

Après Saint Joseph, c’est Marie Madeleine qui reçoit cette vocation [au Père], et dès l’aube de la Résurrection : ce fut le premier soin du Verbe Incarné Ressuscité de l’informer de cette vocation du Père sur elle – et, parce que sa vocation était supérieure à celle des apôtres, c’est elle qui fut choisie pour les instruire de la Résurrection et de l’Ascension au Père, dans laquelle elle les devançait mystiquement.
En effet, la vocation d’apôtre est au plan des mystères d’Incarnation Rédemptrice – mais la “vocation au Père” est au plan des Propriétés Personnelles, qui est pur plan de Déité éternelle et immobile. Les plus hautes vocations sont, aussitôt après la Résurrection, conférées à deux pécheurs ! Celle au Père, à Marie Madeleine ; et celle de chef de l’Église à Saint Pierre qui venait de renier avec serment et imprécations, et à plusieurs reprises.
Et il convenait que tels fussent ces choix – tout comme convenait que la Bienheureuse Vierge Marie et Saint Joseph soient préservés de toute faute et remplis de plénitude de grâce, chacun à sa mesure, en vue de leurs relations à l’Humanité du Verbe.
L’Église, elle, est toute entière composée de pécheurs “par nature voués à la colère” Ep 2, 3 – et il ne s’agit, pour elle, que de sauver des pécheurs, et rendre aptes, à la réception et aux opérations des dons, les âmes que le Père a créées pour sa Gloire. (Inédit, carnet 27, p. 2479-2480/1473)

Ce sont des femmes qui sont les figures de l’alliance : l’une, de la servitude – l’autre, de la liberté ; alliance des serviteurs, alliance des Fils : Agar et Sara (Gal 4, 21-31). De plus, c’est par la Bienheureuse Vierge Marie que le Père a réalisé l’alliance des Fils – et par Marie Madeleine qu’Il a fait savoir qu’elle était consommée, aux apôtres – et par la Bienheureuse Vierge Marie et Elisabeth que Saint Jean Baptiste fut le premier à en recevoir l’effet sanctifiant.
De plus, le nom donné à Ève, en figure, est “Ève, parce qu’elle est la mère de tous les vivants.” Gn 3, 20 ; et ce nom, Adam le lui donna après la promesse (versets 15-16). Avant, il lui avait donné un nom relatif à lui : “Celle-ci sera appelée femme, parce qu’elle a été prise de l’homme.” Gn 2, 23.
Mais ensuite, il lui donna cet autre nom relatif, non plus à lui, mais à la descendance héritière de la promesse – or, les vivants, ce sont les Fils selon le don de Filiation – et la mère des vivants ne peut pas être leur servante.
Et cette fonction de mère des vivants, c’est celle qui revient au sacerdoce personnel – car c’est grâce à lui que la nature humaine peut recevoir le don de Filiation, parce qu’il la dispose de façon digne de cette élévation – grâce à quoi la Filiation trouvant la nature humaine apte, l’envahit toute entière et se l’agrège. Car nous devenons Fils par incorporation – et pour autant que nous sommes aptes à l’être, soit selon l’être, soit selon la vie. Nature humaine et opérations sont, à cette fin, informées par le sacerdoce. (Inédit, carnet 27, p. 2551/1515)

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