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Im Schoss des Vaters : « Dans le sein du Père »

« Im Schoss des Vaters » est une transposition en Allemand d’écrits de Marie de la Trinité effectuée par le cardinal Urs von Balthasar (le livre paraitra après sa mort). Voici le texte d’introduction de Balthasar traduit par Mme J. Finck

 1. L’ŒUVRE (DAS WERK p. 14)

La somme de notes pour lesquelles Dieu lui-même l’a encouragée à écrire ses expériences et ses lumières, procurent plus de difficultés que de satisfactions à Marie : « Ma paix ne repose pas sur ces intuitions, qui me demandent toujours une cahotante fidélité dans leur acceptation et une trop grande hâte dans l’écriture ; une vague après l’autre submergeant mon esprit, et chacune étant engloutie par la suivante. »

De plus, la fidélité qui lui est demandée la relie toujours à une « inconcevable simplicité » ; aussi est-elle tentée de chercher ailleurs une simplicité moins subtile, quelque chose de plus classique, plus attaché aux sens, qui puisse être satisfaisant pour « ma prise de conscience grossière, qui voudrait toucher l’objet de ma fidélité. » Celui-ci échappe pourtant à tout contrôle. Cette même simplicité devient tentation, parce qu’elle est très monotone, très au-dessus de la nature.

L’expérience est le préalable d’une sorte de lumière, mais les deux ne sont pas vraiment dissociable dans la grâce reçue ; des lumières peuvent se traduire dans une compréhension plus accessible à travers des distinctions très subtiles (première partie du livre)

Mais Marie (dans la deuxième partie) ne donne qu’occasionnellement une interprétation, pour plus de clarté. Parfois les expériences pouvaient dominer : « Quand je demandais au Père pourquoi il me conduisait plutôt par les lumières que par les expériences – car il me semblait que ces dernières le louaient encore plus, et parce que je craignais que mon infidélité fasse obstacle à ces expériences – il me répondit seulement : “Les expériences sont plus délectables, mais les lumières plus communicables.” »

Quelques jours plus tard, elle note ceci : « Aujourd’hui, fête de l’archange Michel ; j’entrevis pour la première fois, pendant la prière du matin, qu’il veut que je sois utile à l’Église et que je l’aide à grandir [l’Église étant le Royaume de Dieu] et qu’il me donne une mission personnelle : non une action missionnaire, mais une pensée missionnaire, intérieure à la pense de l’Église ; cette pensée missionnaire est destinée à toute l’humanité, à ceux que le Père a prédestinés pour sa gloire. » Dans l’Église il faut aussi des contemplatifs dont la vocation – en dehors de toute école – consiste dans l’enseignement, à caractère immédiat, de la sagesse, sur ses mystères que Dieu veut bien leur rendre intelligibles. Ces contemplatifs ont pour mission de rénover la réflexion de l’Église relative à l’objet de la foi. Cet objet reste toujours le même, puisqu’il est la divinité secrète, ad intra et ad extra – mais le discernement de l’Église à ce sujet peut toujours s’approfondir. Sans ces messages vers l’Église, celle-ci s’engourdirait dans ses propres réflexions, comme si elle pouvait un jour tout concevoir de la Révélation et tout exprimer de façon adéquate. Marie doit comprendre, et non enseigner, ainsi Dieu lui impose toujours, à nouveau, le silence, le calme et la solitude. Elle doit s’interdire de communiquer, même avec ses intimes, ainsi qu’en des périodes où la charge de travail est lourde (par exemple en tant que maîtresse des novices).

Par contre, elle était tenue de noter ce qu’elle avait retenu de ces expériences et intuitions, dans des termes bien à elle : « Tout était clair dans mon esprit, mon regard fixé sur des passages largement éclairés – mais pour l’exprimer il fallait faire descendre cette lumière de l’esprit à la portée de mon entendement – et trouver les mots pour le traduire. Il me fallait élaborer un vocabulaire qui s’est facilement développé du début à la fin, les citations de l’Écriture, par contre, se sont présentées sans que je les cherche. »

Les changements qui se sont imposés avec le temps sont minimes : au début, elle écrivit sacerdoce réel et sacramentel, plus tard avec plus de précision : sacerdoce personnel et sacerdoce ministériel ; tout d’abord : “les laïcs”, plus tard : “les baptisés”, et ainsi de suite. « Quand j’écris, mes pensées s’expriment peut-être avec difficulté, que ce soit dans le déroulement ou dans les expressions à employer : mais je sais exactement ce que je veux ou plutôt dois dire, ce qu’il faut qui soit dit. »

« Dans mon esprit simple, tout est clair, simple, précis, net – mais tout y est sans réflexions ou idées ou mots pour le dire. Ce que voit l’œil, il le découvre de façon immédiate, sicuti est. La réalité dépasse toujours, et de loin, ce que j’en exprime, non seulement par son intensité, sa vitalité et sa plasticité, mais encore par sa compréhension. Je vois bien plus que je n’en dis, et beaucoup plus profondément. Ce que j’écris est un résumé gauche et sec. »

En effet, on est quelquefois troublé par l’abstraction et la subtilité de ses distinctions. Mais si on observe l’énoncé à partir de l’intuition centrale qui est partout présente, on découvre le sens concret : il s’agit d’une nuance, d’une ébauche de cette vision essentielle, qui jette une grande clarté sur les rapports entre la vie intérieure du Divin et des créatures qui peuvent y participer par la grâce. C’est à ce fruit de l’Esprit qu’on peut reconnaître la profonde justesse et l’abondante fructification, même à travers des analyses apparemment erronées.

En définitive, il faut garder en mémoire le rapport qu’il y a entre les deux parties ici différenciées : tout ce qui, dans la première partie, à l’air abstrait dans la dissociation entre filiation et sacerdoce (et ce qui en découle) est un préalable concret pour les exercices pratiques de la deuxième partie : “au sein du Père”.

La partie spéculative comprend de nombreuses idées convergentes ; elles cherchent à s’intégrer aux divers aspects de la Trinité, de l’Incarnation et de la Rédemption, et à traquer leurs “nécessités”. Ces points de vue ne sont pas présentés de façon systématique, dans cette partie ils sont ordonnés de façon à peu près objective, mais il n’y a aucune prétention de construction “systématique”, ni surtout d’intégralité ; ce serait, de toutes façons, contradictoire à l’étude de ces mystères.

 2. L’ENSEIGNEMENT (DIE LEHRE p.19)

Au centre de cet enseignement se situe la distinction entre deux aspects en Christ, parole faite chair du Père : – à l’intérieur de la Trinité, il est le Fils issu de Dieu, reposant dans son sein pour l’Éternité ;

– fait homme, il est devenu « grand prêtre » par la volonté de Dieu de ramener à lui toute la création.

Mais, pour pouvoir être, à la fois, Fils et grand prêtre, il faut le préalable de l’union hypostatique. Pour l’homme racheté, le retour vers Dieu est constitué par l’adoption offerte en son Fils éternel, né du sein du Père (Jean 1, 13). En conséquence, il pourra participer à l’œuvre de prêtrise du fils.

Comme ce sacerdoce du Fils représente une œuvre existentielle (le don de lui-même aux pécheurs), ainsi le sacerdoce du baptisé sera personnel. Pour encourager ceci, Jésus a introduit le sacerdoce sacramentel.

Dans le Verbe fait homme ces deux aspects sont essentiellement tournés vers Dieu : la filiation est une relation intime à Dieu le Père ; le sacerdoce qui veut ramener le monde à Dieu, reste une totale référence à lui. C’est pour cette raison que le Christ veut amener les croyants vers le Père à travers lui. Ainsi, la grâce de Dieu leur sera donnée par les deux entités qu’ils recevront comme une “empreinte” : fils de Dieu et prêtre, “dons-caractère”, c’est-à-dire la possibilité de participer à ces deux aspects du Fils selon les “dons-perfection”.

Filiation et sacerdoce, bien que dissociables (la première est en Dieu, le deuxième fait partie de l’économie de l’Incarnation), sont pourtant inséparables, parce que l’Incarnation est toujours rédemptrice et divinisante. C’est pour cette raison, qu’encore une fois, ceux qui sont sauvés ne peuvent participer à la prêtrise du Christ que dans la mesure où ils se sont élevés dans la sphère de la Trinité, et sont devenus fils du Père, frères du Christ, et partagent leur Esprit d’amour réciproque (que Marie nomme simplement Umarmung, Étreinte)

Le sacerdoce personnel (ou réel ou existentiel) de tous les baptisés est à différencier largement de celui du prêtre (sacerdoce ministériel : der Beamtete). Le premier, le sacerdoce personnel, paraît plus important, car le sacerdoce du prêtre ne sert qu’à sa construction [il est à son service.] Cette idée est importante pour l’annonce de la Parole, mais aussi pour le prêtre lui-même, dont la fonction exige, de toutes façons, la réalisation du sacerdoce personnel.

Le sacerdoce, ainsi compris, ne s’arrête pas comme la fonction, avec la mort. Comme il est un hommage de toute la création (du Christ et de ses fidèles) au Père, il reste, pour l’éternité, un Sacerdoce de gloire. Comme le Fils est issu du Père pour l’éternité et repose dans son sein, ainsi le baptisé doit-il prendre conscience que vivre dans la grâce veut dire : être né du Père, comme son enfant, et n’avoir d’autre refuge que le sein du Père, le lieu où l’amour est infini et éternel.

La véritable mission de Marie de la Trinité est celle-ci : rendre cette expérience fondamentale du croyant (qui est si rare) accessible dans toute son éternelle profondeur. Elle a été consciente qu’elle ne devait pas annoncer que sa propre expérience, mais, aussi, son attente persistante et silencieuse d’un lieu apparemment inaccessible et pourtant promis à tous les êtres.

Accédez à la présentation du livre de Hans Urs von Balthasar « Im Schoss des Vaters »

Hans Urs von Balthasar est né à Lucerne, en Suisse, le 12 août 1905. Passionné de musique, il s’oriente cependant vers des études littéraires. Son premier grand livre, « Apocalypse de l’âme allemande » (1937), donnera « une interprétation chrétienne de la poésie, la philosophie et la théologie depuis Lessing jusqu’à aujourd’hui ». En novembre 1929, il entre dans la Compagnie de Jésus. Sous l’influence du P. de Lubac, il s’oriente vers les Pères grecs sur lesquels il publiera de nombreux travaux. Il est envoyé à Munich, puis à Bâle comme aumônier des étudiants. Il y fait la connaissance de Karl Barth, alors professeur à la faculté de théologie de Bâle, mais aussi d’Adrienne von Speyr (1902-1967), avec qui il crée en 1944 la Communauté Saint-Jean. Ce sera là la grande affaire de sa vie mais aussi la raison qui l’amènera en 1950, bien malgré lui, à quitter la Compagnie. La parution de son grand œuvre, la « Trilogie », s’échelonnera sur tout le reste de sa vie, de 1961 à 1987. En 1984, Jean-Paul II remet à Balthasar le prix Paul VI pour l’ensemble de son œuvre théologique. En mai 1988, Jean-Paul II l’élève à la dignité de cardinal. Balthasar meurt un mois plus tard, le 26 juin 1988.
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